Tête-à-tête avec Antoine Roset

Au printemps dernier, Ligne Roset ouvrait une boutique dans l'espace MUST Société, à Montréal. Antoine Roset, vice-président de Ligne Roset États-Unis et arrière-arrière-petit-fils du fondateur, lève le voile sur cette marque qui compte à son catalogue plusieurs icônes du design contemporain.

Antoine Roset

© Aude Adrien

ID – Certains de vos canapés, comme le célèbre Togo ou le Ploum, ont une identité visuelle très forte. Est-ce pour cela que les gens sont prêts à investir dans du Ligne Roset ?

AR – Oui, notre marque est connue en partie pour l'image de ses produits. Nous avons des meubles à forte reconnaissance visuelle que les gens viennent acheter « facilement ». Mais beaucoup aiment aussi la qualité du produit : nos choix, nos finitions, notre service, ce qui peut les amener vers des modèles plus classiques.

ID – Comment s'opère la sélection des designers avec lesquels vous décidez d'entamer une collaboration ?

AR – C'est mon oncle Michel Roset, directeur artistique de la société, qui s'occupe de créer chaque année une collection. Il connaît très bien les designers. Nous recevons par ailleurs tous les jours des soumissions de nouveaux designers parmi lesquelles nous pouvons faire un choix en fonction d'un besoin ou d'un intérêt. Nous allons aussi sur les salons à Milan, Paris ou Cologne où sont présentées les créations de jeunes designers, et nous approchons éventuellement ceux-ci. Nous n'avons pas vraiment de règles.

ID – L'une des particularités de Ligne Roset est aussi de voir des petits nouveaux côtoyer des grands noms du design dans le catalogue...

AR – Et pour la plupart des grands noms que nous avons, nous avons travaillé avec eux dès le début. Cela fait ainsi à peu près trente ans que nous collaborons avec Didier Gomez. Ce qui nous démarque de beaucoup, c'est notre talent de pouvoir comprendre et reconnaître ce que l'on veut, et d'arriver à trouver ces jeunes qui deviennent par la suite des stars du design, comme Inga Sempé, les frères Bouroullec, Philippe Nigro... Nous croyons que la jeune génération est la source de la création.

ID – Retrouve-t-on des signatures nord-américaines dans votre collection 2017 ?

AR – Nous avons une lampe du designer new-yorkais Stephen Burks. Nous avons aussi travaillé avec les designers Brad Ascallon et Geoffrey Bernett par le passé. La plupart de nos designers sont européens, car l'école européenne et l'école américaine du design sont un peu différentes. Nous ne retrouvons pas la même approche, la même sensibilité. Mais nous sommes attentifs à ce qu'il se fait ici. Je connais personnellement beaucoup de designers à New York. Nous dialoguons pour voir comment nous pourrions commencer à travailler ensemble. Cela fait aussi partie de mon rôle d'analyser les demandes que je reçois et d'essayer d'amener des designers nord-américains. La porte est ouverte.

Lampe de table Asola

Evangelos Vasileiou

ID – Pourrait-on envisager d'avoir un jour une manufacture Ligne Roset en Amérique du Nord pour limiter les coûts et l'attente ?

AR – Il est vrai qu'il y a une certaine attente pour nos produits. Nous fabriquons ainsi nos canapés à la demande, c'est-à-dire que le client a fait un choix de couleur, de tissu, de finitions, et que l'on peut retracer l'histoire du meuble pour dire qui l'a cousu ou tapissé. Nous ne sommes pas dans une production de masse ; cela prend du temps. Nous pourrions ouvrir une manufacture locale, mais il faudrait former les gens, retrouver la même qualité de matières premières comme la mousse pour les canapés, et il y aurait toujours huit semaines de production. Mais il y a des solutions pour aller plus vite. Nous avons créé, il y a quatre ans, un système de livraison rapide aux États-Unis. Nous avons un entrepôt à New York, Miami et Los Angeles qui nous permet de livrer beaucoup plus rapidement une sélection de produits parmi les références les plus vendues. Le canapé Ploum en rouge, noir ou anthracite est ainsi livrable à Montréal en deux ou trois semaines.

ID – Avez-vous déjà fait du mobilier de contrat au Québec ? 

AR – Non, mais j'aimerais ça. Nous n'en faisons pas beaucoup au Canada. En revanche, nous commençons à en avoir pas mal aux États-Unis : des bureaux, des restaurants, des lobbys de grandes marques... Nous avons par exemple aménagé le restaurant Sophie de la chaîne Saks Fifth Avenue et le Sofitel de Chicago.

ID – Y a-t-il un endroit à Montréal pour lequel vous aimeriez travailler ?

AR – Oui, il y en a plein. Par exemple l'hôtel Gault. S'ils sont prêts à le refaire, j'aimerais travailler avec eux, parce que ce lieu au luxe discret nous correspond bien.  

Photo d'ouverture : canapés Softly, Nick Rennie, tables basse Coloria, Evangelos Vasileiou, et Clyde, Numéro111, ainsi que liseuses Brass Bell, Patrick Zulauf.

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