Quand la nature s’invite à l’intérieur

Véritables œuvres d’art vivantes, les murs végétaux suscitent incrédulité et admiration. Résumé des avantages, contraintes et coûts liés à l’installation de ces jardins verticaux.

L’achat d’une nouvelle propriété s’accompagne souvent de défis en matière d’aménagement. Dans le condo de l’architecte et constructeur Olivier Gagnon, c’est le mur au-dessus de la descente d’escalier qui causait un dilemme. Œuvre d’art grand format ou mur végétal ? La deuxième option l’a finalement emporté.

C’est vers l’entreprise La ligne verte qu’il s’est tourné pour l’installation de son mur, un système hydroponique en circuit fermé. En gros, cela signifie que les plantes poussent sur une membrane qui est irriguée goûte à goûte par un système avec pompe. Chez Olivier Gagnon, le réservoir d’eau se situait sous l’escalier, un récipient qu’il devait vider et nettoyer une fois par mois, pour enlever les dépôts notamment. Car contrairement à une toile d’artiste, un mur végétal nécessite un minimum d’entretien. « Il faut avoir le pouce vert, vérifier s’il y a des carences en engrais ou des insectes, faire la taille des plantes », explique Antoine Trottier, président et co-fondateur de La ligne verte. À cela s’ajoute le retrait des feuilles mortes, surtout les premières semaines, le temps que le mur se stabilise.

Si bien entretenu, un mur végétal peut durer de 10 à 15 ans, parfois plus. Le truc pour obtenir une bonne longévité ? Planter une quinzaine de végétaux différents pour que les plus robustes et les mieux adaptés survivent à l’épreuve du temps.

Des options pour tous les budgets

Systeme Hydrofelt

Système HydroFelt

Outre le système proposé par La ligne verte, il existe plusieurs options sur le marché. L’entreprise Envirozone propose trois types de murs verts. Le premier système, appelé HydroFelt, est similaire à celui installé chez Olivier Gagnon, à la différence qu’il est branché à l’eau domestique pour l’approvisionnement et l’évacuation des eaux excédentaires. Pour ces raisons, il nécessite beaucoup moins d’entretien et de contrôle qu’un circuit fermé. Selon le vice-président associé de l’entreprise, Guillaume Dubeuf, ce type de projet doit toutefois être planifié en amont de la construction ou de la rénovation. « On travaille beaucoup sur plans avec des architectes ou designers. »

Les coûts varient selon la superficie à couvrir. À titre d’exemple, il en coûtera 140$ le pied carré pour un mur de 10 par 15 pieds (21 000$) et 170$ le pied carré pour un mur de 10 par 10 pieds (17 000$). « Le prix varie aussi selon les végétaux choisis, les finitions, le cadrage, l’éclairage, les configurations et l’étage où se situe le projet », ajoute Guillaume Dubeuf.

Système Liberty

 

À ceux qui désirent un résultat similaire sans devoir entreprendre des travaux majeurs, Guillaume Dubeuf propose un système à arrosage manuel comme le Liberty. Il s’agit d’une unité murale sur laquelle s’accrochent des plantes en pot, qu’on arrose par le haut environ une fois aux 7 à 10 jours. Ce système fonctionne bien pour un mur végétal moins imposant, par exemple de 4 par 6 pieds. Son coût est légèrement plus faible (entre 110$ et 135$ le pied carré).

 

Mur de lichen stabilisé

 

Il existe enfin des murs faits de lichen stabilisé, une option intéressante pour les gens avec un budget plus restreint, une pièce moins éclairée… ou ne possédant aucune compétence horticole ! Grâce à un processus de « momification », les plantes semblent vivantes bien qu’elles ne le soient plus. Elles ne nécessitent par conséquent pas d’entretien et peuvent durer indéfiniment. Ce type de mur coûte entre 40$ et 80$ le pied carré selon la configuration.

 

Des bienfaits multiples

On attribue aux murs végétalisés plusieurs vertus. Guillaume Dubeuf d’Envirozone estime qu’ils peuvent être une source de bien-être et de productivité, notamment en réduisant le stress. Les propriétés acoustiques des plantes constituent un autre avantage de leur implantation en milieu de travail.

Les murs végétaux auraient aussi comme fonction de purifier l’air, une affirmation que relativise Antoine Trottier. Selon lui, les plantes ont certes un pouvoir détoxifiant, mais ce serait essentiellement les racines, et non les feuilles, qui absorberaient les fameux composés organiques volatils (COV). « Pour qu’il y ait un impact positif, la ventilation doit passer dans le mur végétal et être en contact avec la racine. C’est le cas d’une minorité de murs verts, dont ceux de la Maison du développement durable, de l’aéroport Trudeau et de l’université d’Ottawa. »

Selon lui, l’avantage principal est esthétique, ce que confirme Olivier Gagnon. « C’est très intéressant d’un point de vue design. Comme mon condo était à aire ouverte, ça faisait un effet “wow”, les gens me demandaient si c’était des vraies plantes ».

Des installations peu répandues

Bien qu’ils existent depuis plusieurs années déjà, les murs végétaux restent relativement peu connus du grand public et des entrepreneurs en construction. Chez Envirozone, les demandes proviennent davantage des architectes, qui connaissent un peu mieux le produit. Les petites firmes font surtout appel à ses services pour des projets résidentiels tandis que les plus gros joueurs l’embauchent pour des installations dans le secteur commercial. Il a notamment créé une cloison de plantes pour les bureaux de Telecon, réalisés par Imperatori Design.

Outre le prix élevé, la crainte liée à la gestion de l’eau constituerait un des principaux freins à l’adoption d’un mur vert. « Il y a une crainte d’étanchéité chez les clients, une peur des dégâts d’eau », explique Antoine Trottier de La ligne verte. Il assure toutefois que le système, mis en place par un plombier, est très étanche

Selon l’architecte Olivier Gagnon, qui se tient au courant des développements dans le domaine, les fournisseurs travaillent présentement à réduire les coûts et simplifier les installations. Certains songent à un système à la IKEA, que les clients pourraient assembler eux-mêmes. D’autres cherchent à développer un système qui ressemblerait davantage à un meuble, avec une réserve d’eau au bas du mur.

Avec ces efforts de démocratisation, peut-être serons-nous de plus en plus nombreux à bénéficier d’une petite parcelle de nature au sein de nos milieux de vie ?

Photo d'ouverture : mur végétal dans le condo de l'architecte Olivier Gagnon

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