L’agriculture urbaine. Nouvel usage architecturé, nouvelle sociabilité.

Jardins collectifs, fermes urbaines, architectures du vivant ... et si l’agriculture urbaine redéfinissait les liens de l’homme à la ville et les fonctionnalités de la ville elle-même ?

L’agriculture urbaine, par sa diversité de formes et de représentations, est un dispositif pluridisciplinaire en perpétuelle évolution, ce qui complexifie une définition pure et simple de cette discipline. Néanmoins, le concept d’agriculture urbaine rapproche deux réalités : la production alimentaire et la ville. La question de l’autosubsistance se pose. Longtemps approvisionnée par la campagne environnante, la ville mute aujourd’hui vers sa propre indépendance et tente d’aller toujours plus loin pour rétablir un lien au vivant.

Effectivement, depuis quelques années en France, on observe une tendance d’ouverture de la ville au monde rural. Trop longtemps fermé sur lui-même, l’espace urbain a désormais besoin de porosité et de nouveaux espaces de sociabilité pour répondre à l’évolution des modes de « vivre la ville ». Il s’agit de ramener la campagne intramuros pour renouveler les liens avec la nature et reconstruire notre rapport à la terre pour une meilleure appropriation de l’espace. Un retour aux sources.

L’agriculture urbaine prend différentes formes, horizontale ou verticale, que ce soit au sol ou en sous-sol, sur les façades ou sur les toits ... de la jardinière aux jardins partagés, en passant par les murs végétalisés et les biofaçades.

En 2000, Anouk Legendre et Nicolas Desmazieres ont crée l’agence XTU architects qui valorise depuis ses débuts une démarche globale de l’agriculture urbaine en concevant de véritables écosystèmes participatifs au sein de leurs projets architecturaux et urbains. Julian Renard, responsable de la R&D de l’agence, nous explique comment l’innovation architecturale des architectes associés ouvre la possibilité d’une ville plus productive et questionne le principe normalisé de celle-ci. Les projets développés par XTU restaurent l’insertion du vivant au sein de la cité et la participation citoyenne qui en résulte.

Le projet de logements à Nanterre offre par exemple la possibilité aux habitants de cultiver dans des serres en façade comme si c’était leur jardin. En réponse aux initiatives locales et à l'évolution des pratiques alimentaires, les toitures sont également cultivables. Elles font sortir l’habitant de son domicile et proposent un nouvel espace créateur de lien social. Les usagers s’identifient, partagent et vivent la ville autrement.

Citons également le projet In Vivo. Véritable innovation sociale, il offre diverses approches de l’agriculture urbaine. Un des trois bâtiments dispose de balcons-jardinières pour cultiver des arbres et légumes en façade et en toiture. Pour s’assurer que le bâtiment et la façade soient toujours harmonieux, le collectif Babylone initie les habitants au jardinage. L’architecture comme vecteur d’éducation.

Ce projet va encore un peu plus loin. Il participe à la restauration du vivant dans la ville grâce à sa biofaçade et ses bassins en toiture intègrant des systèmes de culture de microalgues. Le concept des biofaçades offre un environnement agréable avec réduction du coût de revient pour l’algoculteur (par rapport aux algocultures classiques), et réduction des consommations énergétiques du bâtiment. Les architectes utilisent les façades et le toit pour créer une biomasse à forte valeur ajoutée et biosynthétisent ce qui était avant issue de la chimie : des molécules pour la pharmacie ou la cosmétique. Ils développent ainsi un bâtiment à « économie positive »  pour une ville productrice.

L’agriculture urbaine, valorisée par ses dimensions économique, environnementale et sociétale, est une véritable discipline transversale qui ne cesse de se modéliser avec le temps et ses différents acteurs. Quelle sera son évolution concrète dans les prochaines décennies ? La ville deviendra-t-elle totalement indépendante et autosuffisante ? Cela relève-t-il d’un véritable besoin ou d’une simple utopie ?

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