Art du chanvre, une entreprise qui conjugue beauté et respect de l’environnement

Peu connus au Québec, le chanvre et la chaux constituent des matériaux aux propriétés insoupçonnées. Mais plus encore, ils sont la preuve qu’il est possible de faire de la construction écolo sans pour autant compromettre l’esthétisme.

Adolescent, Anthony Néron rêvait de changer le monde. Et c’est avec le chanvre, une ressource « abondante, généreuse et garantie », qu’il souhaitait y arriver. Il conçoit d’abord des vêtements en chanvre, mais réalise qu’il est difficile de se démarquer dans un univers où la marchandise est fabriquée à faible coût en Chine. Un jour, en 2005, il se retrouve sur le chantier de construction d’une maison en chanvre. Il aime tout de suite l’aspect créatif et débrouillard du travail et le fait qu’il doive s’adapter à la charpente, trouver de nouveaux outils de travail ou même les créer. C’est donc pour lui le début d’une nouvelle aventure comme apprenti qui durera quatre ans. Puis, en 2009, il crée sa propre entreprise, Art du chanvre, spécialisée dans l’isolation en chanvre et les finitions à la chaux.

Chanvre

Le chanvre est un écomatériau avec de multiples propriétés : il est résistant au feu, à la vermine et aux moisissures. Utilisé comme isolant dans une construction neuve ou une maison en restauration, il constitue un bon régulateur thermique, en emmagasinant et restituant chaleur ou fraîcheur. De la même manière, le chanvre aide aussi à gérer l’humidité : le mur va prendre l’humidité quand il y en a trop dans l’air intérieur et la redistribuer lorsque nécessaire.

Le chanvre est également insonorisant, qu’il soit utilisé dans les murs extérieurs, les murs mitoyens, les cloisons ou les planchers et plafonds. Selon Anthony Néron, 6 pouces de béton de chanvre réduiraient le son de 56 décibels, soit l’équivalent d’une conversation normale. Une caractéristique utile dans les vieux appartements mal insonorisés du Plateau ou pour réduire le bruit du solo de batterie de votre ado !

Il ne faut toutefois pas être pressé lorsqu’on isole sa maison en chanvre. Le chanvre coffré met deux mois à sécher et le bloc de chanvre, pré-moulé et pré-séché, nécessite une attente d’un mois avant de pouvoir poser les finitions.

Quant aux coûts, ils s’élèvent à 38$ le pied carré pour une isolation en bloc de chanvre de 12 pouces avec finition à la chaux à l’intérieur et à l’extérieur (idéal pour une construction neuve ou un agrandissement). Pour isoler un bâtiment existant avec des blocs de 6 pouces recouverts de chaux à l’intérieur seulement, le prix est de 24$ le pied carré.

Chaux

Pour la finition des murs, Art du chanvre propose des enduits à la chaux, qui sont moins uniformes que le gypse, mais possèdent une texture plus riche. Ceux-ci consistent en un mélange contenant une part de chaux pour trois parts de sable. Le sable utilisé dans la préparation peut être plus ou moins fin, selon la finition désirée. Un sable fin donnera un look plus lisse et contemporain alors qu’un sable plus gros engendrera davantage d’aspérités, pour un aspect plus rustique. Ces enduits peuvent recouvrir les murs en chanvre ou bien s’appliquer directement sur le gypse. Ils permettent en outre de faire des coins arrondis, pour un look art déco notamment.

Outre leur aspect décoratif, les finitions à la chaux sont durables, antiseptiques et antifongiques. Leur prix varie de 10$ à 13$ le pied carré.

Parmi les inconvénients d’avoir des murs en chaux, mentionnons le fait qu’il soit nécessaire de faire venir l’artisan si on désire boucher un trou, par exemple lorsqu’on déplace une œuvre d’art. De plus, il est préférable de repeindre ses murs avec de la peinture à la chaux, qui peut être plus difficile à dénicher qu’une peinture au latex traditionnelle (Art du chanvre et Tockay vendent toutefois ce produit).

Tadelakt

Le tadelakt est une finition d’origine marocaine datant de plus de 2 000 ans, surtout utilisée dans les salles de bains et hammams de ce pays. Sa recette est similaire à celle d’un enduit à la chaux, à la différence qu’elle contient moins de sable (une part de chaux pour une part de sable). Suite à son application, le tadelakt est poli au galet et au savon noir, pour un fini doux et brillant. Plus technique à appliquer que la chaux, son coût est plus élevé (40$ le pied carré).

Le tadelakt est imperméable à l’eau et résistant à la moisissure, des avantages renforcés par le fait qu’il n’y a pas de joints par lesquels l’eau peut s’infiltrer. Il est par conséquent parfait pour les dosserets de cuisine, les douches, les murs de la salle de bains. Il se nettoie facilement avec un chiffon humide.

Anthony Néron ne le recommande toutefois par pour un plancher de salle de bains, parce que la pression de l’eau combinée à l’acidité du savon pourrait l’abîmer.

Projets architecturaux

Bien qu’il n’existe aucune étude québécoise sur les propriétés du chanvre ou règle qui régit son utilisation dans le code du bâtiment, quelques architectes et designers ont pris le risque de travailler avec cette matière méconnue, dont Gervais Fortin sur le projet Écologia et Antonio Di Bacco de l’Atelier Barda sur L’Émouleur. Anthony Néron a aussi recouvert de chaux tous les murs du projet Riad, réalisé par Laurent McComber.

L’artisan, qui s’approvisionne présentement en Europe, aimerait que la demande en chanvre soit assez forte pour que l’offre et la transformation puissent se faire un jour au Québec. En attendant, il réalise son rêve de changer le monde… une maison à la fois.

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